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15 novembre 2018

La découverte d’une Mercedes 300SL abandonnée à Cuba

Sous la poussière… le rêve par Guilhem Gaubert.

UNE FLÈCHE D’ARGENT SOUS LE SOLEIL CUBAIN

Pour tous les amateurs d’automobiles anciennes, Cuba a été pendant longtemps une Mecque de la voiture américaine des années 50 : Chevrolet 1955-1957, Buick 1959, Oldsmobile, Cadillac et même des bitza, mélanges non reconnaissables de plusieurs modèles. Après la mise en place du blocus économique en 1962 par les Etats-Unis, les cubains n’avaient pas d’autre choix que de récupérer les modèles restant sur le sol cubain et de leur offrir une seconde, voire même une troisième vie. Ce que l’on sait moins, c’est que d’autres modèles, beaucoup plus rares et exclusifs ont survécu à ces années difficiles. Grace à ce blocus, même si le mot est mal choisi au regard de la souffrance du peuple cubain, chaque morceau de métal, chaque moteur ou voiture a gardé son intérêt et a été réutilisé jusqu’à nos jours, sans pouvoir être exporté et rejoindre des collections internationales.

Parmi les raretés retrouvées, la fameuse Mercedes 300SL; pas une mais deux !

L’histoire

C’est en 1952 que Mercedes lance son modèle 300SL à l’assaut des routes accidentées de la Carrera Panamericana; après le succès retentissant de Karl Kling, victime d’un choc très médiatisé avec un vautour, un concessionnaire américain convainc la marque de Stuttgart de lancer un modèle de route et va même jusqu’à commander les 1,000 premiers modèles. Cette voiture sera un succès et modèlera l’image de Mercedes aux États-Unis, où 80% de sa production fut expédiée. A ce titre, et pour en revenir à nos exilées cubaines, il y a de fortes possibilités que des 300SL aient pu se retrouver à Cuba, entre 1954, début de la production des 300SL, et 1962, lorsque les frontières se sont fermées brutalement. La présence des casinos Cubains attirait beaucoup de riches américains, amateurs de belles automobiles. Également, entre la fin des années 50 et le début des années 60, plusieurs compétitions automobiles se sont tenues à Cuba, notamment sur l’aéroport militaire de Columbia et sur le front de mer, le moment le plus célèbre étant le Grand Prix de Cuba 1958 qui vit le kidnapping de Juan Manuel Fangio par les partisans de Castro. Ces Grand-Prix de voitures de sport virent s’affronter Ferrari, Maserati mais aussi Mercedes 300SL Gullwing. On retrouve ainsi Modestos Bolanos au GP de Cuba 1957, sponsorisé par le producteur de tabac Trinidad Y Hermano, de même que Santiago “Chaquito” González sur une autre 300SL.

Nos modèles

C’est en 2015 que Piotr Degler, photographe pour Classic Driver, se met en tête de rechercher une 300SL à Cuba, sur la base de rumeurs; pendant un mois, il va parcourir l’ile sur près de 3000km, prenant plus de 25,000 photos et interrogeant tout le monde sur une supposée 300SL Gullwing. Sans succès … et c’est juste quelques jours avant de quitter Cuba que la chance lui sourit; cachée sous un bananier, la 300SL l’attendait sagement; Piotr va passer une journée complète à la photographier et faire quelques photos de nuit pour son calendrier 2015.

Mais la voiture avait déjà été retrouvée en 2012 par photographe Miguel Lorente; il en avait entendu parler sur internet et dans le livre Automobiles Lost & Found écrit par Michael E Ware; sa recherche le mène vers la 300SL Gullwing mais juste à côté, git une deuxième 300SL modèle roadster.

Toutefois, le premier à en avoir parlé est le fameux journaliste Jeremy Clarkson, vedette de l’émission Top Gear, dans son émission Motorworld en 1996; on y distingue très nettement le roadster mais également une superbe Maserati, elle-même dans un piteux état.

Les photos saisissantes nous montrent clairement que le temps passé sous le soleil cubain a entrainé la dégradation inexorable des deux véhicules; la Gullwing semble sur le point de s’effondrer, la structure en acier corrodée a déjà été réparée sommairement en 1986; moteur absent, ses équipements sont néanmoins toujours présents, comme les centres de roues, les compteurs et même l’emblème sur le tableau de bord. Le roadster n’a pas subi un sort plus envieux; son 6 cylindres injection, probablement trop compliqué à maintenir sur l’île (la 300SL était la première voiture à injection commercialisée, technique spécialement développée par Bosch), a été remplacé par un moteur 6 cylindres de Corvette.

Au final, ce qui nous fascine, ce n’est pas tant la valeur de ces voitures (environ 1,5 million de dollars chacune) mais qu’elles aient pu survivre dans un environnement plus ou moins préservé, et à l’abri de tous les regards, pendant tant d’années; avec l’ouverture progressive du marché cubain, ces véhicules vont-ils se retrouver entre de nouvelles mains qui vont leur assurer un autre avenir ? nous le saurons probablement dans les prochaines années, car d’autres trésors se cachent encore dans les garages cubains : Hispano Suiza, Aston-Martin, Porsche, …. Mais cela fera certainement l’objet d’un prochain article !

Texte et recherche: Guilhem Gaubert. Photos Michael E. Ware, Piotr Degler et Miguel Llorente